parminosforces.com

Uncategorized

Uncategorized

Une capacité à comprendre la complexité

Souvent, nous apprécions les réponses rapides, les positions tranchées, et les explications simples. Le temps pris pour saisir la complexité des faits est … Souvent, nous apprécions les réponses rapides, les positions tranchées, et les explications simples. Le temps pris pour saisir la complexité des faits est bien des fois, perçu comme un détour inutile. Pourtant, notre capacité à saisir la complexité nous aide à saisir ce qui semble incohérent ou contradictoire. Elle se manifeste lorsque l’on accepte qu’une situation ne se laisse pas simplifier. Lorsqu’on reconnaît qu’un phénomène a plusieurs causes, plusieurs effets, plusieurs récits. Par exemple, quand on parle de crise climatique, on ne parle pas seulement d’environnement. On parle d’organisation du travail, de logement, de transport, d’inégalités territoriales, de rapports nord-sud. Réduire cette crise à une affaire de comportements individuels ou à une solution technologique unique est une manière de simplifier les faits. Même chose pour les tensions sociales : dire qu’elles relèvent uniquement de la colère ou de la mauvaise foi, c’est faire fi des empilements de précarité, de déclassement, de la frustration. C’est cette capacité à saisir la complexité qui se manifeste quand des groupes refusent de se laisser enfermer dans des oppositions binaires, quand des collectifs maintiennent des espaces de discussion là où tout pousse à la polarisation, ou même quand des décisions sont prises en sachant qu’elles devront être corrigées, ajustées, reprises. C’est aussi elle qui apparaît dans ces moments où l’on résiste à la tentation de choisir trop vite un camp, où l’on accepte de suspendre le jugement, non par faiblesse, mais par rigueur. C’est refuser de simplifier les faits, les informations, les expériences. C’est prendre en compte le contexte, les histoires imbriquées, les conséquences inattendues. Elle est aussi une manière, de décider ensemble. On la rencontre alors dans les groupes où l’on prend le temps d’écouter des points de vue divergents, dans les assemblées où l’on accepte que tout ne soit pas clair immédiatement, dans les collectifs qui préfèrent une décision imparfaite et réfléchie à une réponse rapide, mais insensée. Elle se manifeste lorsque nous acceptons de ne pas avoir raison, lorsque nous comprenons que la vérité se construit dans l’ajustement continu. Elle permet aux désaccords de coexister sans se transformer en fractures. Elle nous offre un espace où l’on peut dire « à la fois » , plutôt que « ou ». Dans une période où l’urgence est souvent invoquée pour suspendre la réflexion, la capacité à saisir la complexité est une force politique discrète, mais décisive. Elle permet une chose rare : agir sans renoncer à comprendre. Penser avec la complexité, c’est accepter que les situations que nous traversons ne soient ni propres, ni cohérentes, ni immédiatement intelligibles. C’est reconnaître que les crises contemporaines (écologiques, sociales, démocratiques) ne relèvent pas d’une seule cause, ni d’un seul niveau de décision. Elle ne garantit pas le consensus. Elle n’apaise pas automatiquement les conflits. Elle empêche que le monde soit gouverné uniquement par des récits simplifiés, conçus pour aller vite, rassurer ou dominer. Elle est une force de résistance face aux solutions simplistes. Elle freine les décisions irréversibles. Elle protège contre les certitudes qui excluent. Elle nous rappelle qu’habiter le monde suscite plus de questions que de réponses.

Uncategorized

De l’indignation

Dans nos sociétés saturées de paroles, de réactions immédiates et visibles, l’indignation est souvent confondue avec… Dans nos sociétés saturées de paroles, de réactions immédiates et visibles, l’indignation est souvent confondue avec la colère. On l’imagine bruyante, excessive, incontrôlable. Pourtant, elle est tout autre chose. Elle ressemble davantage à une tension retenue, à un refus calme mais irrévocable. Elle se manifeste lorsque quelque chose, en nous, se tend. Lorsque notre corps comprend, avant même que les mots ne viennent, qu’un seuil a été franchi. Ce n’est pas encore la colère qui éclate. C’est celle qui s’installe. L’indignation apparaît lorsqu’une situation heurte profondément notre sens de ce qui est juste. Elle ne surgit pas par impulsion, mais par reconnaissance. Quelque chose ne passe plus. Quelque chose ne peut plus être accepté tel quel. On la rencontre dans des prises de position mesurées mais fermes, dans des gestes de désobéissance tranquille, dans des solidarités qui se mettent en place sans bruit. Elle apparaît aussi dans les communautés qui refusent l’humiliation, même lorsqu’elle devient banale. Elle est présente là où l’on protège les plus exposés sans chercher à désigner un ennemi, là où l’on agit sans se laisser entraîner par la logique de l’affrontement. L’indignation est souvent silencieuse. Elle se tient dans ce moment précis où l’on choisit de ne pas détourner le regard, de ne pas s’habituer, de ne pas appeler normal ce qui blesse. Elle n’est pas un débordement. Elle est une décision intérieure. Elle peut prendre la forme d’un arrêt, d’un pas de côté, d’un mot dit avec précision, ou d’un refus tranquille de participer à ce qui abîme. Ce sont des gestes simples, parfois invisibles, mais qui marquent une limite. Lorsqu’elle devient collective, l’indignation prend la forme d’une conscience partagée. Elle circule entre des personnes qui reconnaissent ensemble qu’une ligne a été franchie. Ce n’est pas une accumulation de cris, mais un accord tacite pour dire : cela ne peut pas continuer ainsi. Cette indignation collective ne cherche pas la destruction. Elle ne vise pas l’effondrement. Mais elle ne se contente pas non plus de l’adaptation permanente. Elle rappelle qu’il existe des seuils, et qu’à force de les franchir, quelque chose finit par se casser. Dans les périodes de trouble, cette indignation persistante devient une force de maintien. Elle empêche l’abandon. Elle empêche la résignation. Elle permet de rester debout sans se durcir, de tenir sans se déshumaniser. Tant qu’elle circule entre les consciences, l’indignation nous rappelle une chose essentielle : refuser l’inacceptable peut toujours se faire sans haine, mais jamais sans courage.

Uncategorized

Des jardins

On parle souvent du jardin comme d’un espace productif, un lieu de culture au sens agricole, un complément économique, parfois un simple loisir. Aujourd’hui, dans un contexte de crise … On parle souvent du jardin comme d’un espace productif, un lieu de culture au sens agricole, un complément économique, parfois un simple loisir. Aujourd’hui, dans un contexte de crise écologique et alimentaire, on le convoque pour ses rendements, sa capacité à relocaliser la production, à réduire les coûts, à apporter une autonomie minimale. Cependant, réduire le jardin à sa fonction économique, même sous une forme vertueuse, c’est passer à côté de l’essentiel. Il n’est pas seulement un outil. Il est un espace chargé de sens, où se rejouent des rapports fondamentaux au temps, au vivant, au pouvoir et au collectif. Oui, nos jardins sont d’abord une force culturelle. Ils concentrent des gestes transmis, des savoirs modestes, des pratiques souvent apprises sans discours. Semer, attendre, observer, récolter : ces gestes racontent une manière d’habiter le temps et l’espace. Chaque jardin est une archive vivante, faite d’essais, d’erreurs, de patience, de déceptions, de satisfactions. Il porte des mémoires familiales, paysannes, migrantes. Des graines circulent, des recettes suivent, des manières de faire se maintiennent ou tombent dans l’oubli. Le jardin transmet aussi, souvent sans expliquer, par le corps et l’attention. Une force sociale. Le jardin crée du lien sans l’imposer. Dans les jardins partagés, les potagers collectifs, les parcelles associatives, des personnes très différentes apprennent à coexister à partir d’un faire commun. On y échange des conseils, du temps, parfois des récoltes. Les hiérarchies sociales y sont partiellement déplacées : le savoir se mesure à l’expérience, à la connaissance, non au statut. Celui ou celle qui connaît la terre, les saisons, les maladies devient une ressource pour les autres. Le jardin produit une sociabilité lente, discrète, mais durable. Il fabrique du commun là où les cadres habituels échouent souvent à le faire. Un jardin est aussi une force politique dans la mesure où il engage des choix. Cultiver, c’est décider de ce que l’on plante, de ce que l’on protège, de ce que l’on partage. En ville, les jardins résistent à la bétonisation, interrogent l’usage du sol, le droit à la terre, l’accès aux espaces communs. Ailleurs, le jardin devient une réponse concrète à la précarité alimentaire, mais aussi une manière de reprendre prise sur son existence, retrouver sa dignité. Il permet de desserrer, même partiellement, la dépendance aux marchés lointains et aux décisions abstraites. Cette autonomie limitée, fragile, mais réelle, a une portée politique forte : elle rappelle que tout n’est pas réductible à la gestion ou à la rentabilité. météo, les maladies, la croissance, la perte. Il impose des rythmes qui résistent à l’accélération contemporaine. On ne peut pas forcer une germination, ni décider d’une récolte sans accepter l’incertitude. Jardiner nous oblige à composer avec le temps long, à reconnaître la vulnérabilité du vivant et la nôtre. Cette expérience répétée enseigne une forme d’humilité active : agir sans se croire tout-puissant. De plus, dans de nombreuses cultures, il incarne un espace intermédiaire : ni sauvage, ni totalement maîtrisé. Un lieu où nous intervenons sans dominer entièrement. Il porte l’idée qu’un monde cultivable est possible, à condition d’attention, de soin et de limites. Le jardin symbolise aussi l’hospitalité: il accueille ce qui vient comme la pluie, les insectes, les graines portées par le vent sans que nous puissions tout prévoir ni tout fermer. Nos jardins nous rappellent que transformer le monde commence souvent à petite échelle. Par des gestes répétés, situés, imparfaits. Ils ne promettent pas de solution globale. Ils maintiennent ouverte la possibilité d’un rapport plus juste au vivant, au temps et au collectif. Les jardins ne sont donc pas seulement un lieu où l’on cultive des plantes. C’est un espace où se cultivent des manières de vivre, de transmettre, de décider et de cohabiter. Une force discrète, souvent sous-estimée, mais profondément structurante. Tant que des jardins existent, des expériences alternatives du monde continuent de se transmettre. Aujourd’hui, ce n’est pas négligeable.

Uncategorized

De l’optimisme

Il est souvent présenté comme une disposition individuelle, un trait de caractère. Dans le monde du travail, on le valorise comme une compétence. Dans les discours managériaux, on l’invoque pour accompagner les… Il est souvent présenté comme une disposition individuelle, un trait de caractère. Dans le monde du travail, on le valorise comme une compétence. Dans les discours managériaux, on l’invoque pour accompagner les restructurations, les réorganisations, l’incertitude permanente. On l’associe volontiers à la motivation, à la réussite, à la capacité de “tenir le coup”. On l’associe à de la naïveté, de la mièvrerie, à du déni, ou à l’acceptation silencieuse de l’inacceptable. Dans un monde traversé par les crises écologiques, sociales, démocratiques, afficher de l’optimisme peut sembler indécent, comme si espérer revenait à minimiser les violences, les inégalités, les impasses structurelles. Dans l’espace public, le pessimisme est souvent présenté comme une preuve de sérieux, de réalisme. Dire que tout va mal, que tout est verrouillé, que rien ne peut changer, donne l’impression de voir clair. Toutefois, ce discours, lorsqu’il devient dominant, produit un effet très concret : il désarme. Il décourage l’action collective. Il justifie l’inaction institutionnelle. Il alimente l’idée que la seule attitude rationnelle serait de se replier, de s’adapter individuellement, ou de se contenter de survivre. L’optimisme commence dans le refus de cette fatalité. Ce n’est pas celui des promesses faciles, mais celui qui refuse de faire du désespoir une norme, celui qui ne confond pas lucidité et résignation. Ce n’est pas un optimisme abstrait. Il apparaît lorsque nous continuons de nous organiser malgré la défiance envers les institutions, lorsque des collectifs persistent à défendre des droits sociaux fragilisés, non parce qu’ils croient à une victoire rapide, mais parce qu’ils savent ce que leur abandon coûterait, lorsque des mouvements locaux inventent des formes de solidarité là où les réponses publiques tardent ou échouent. Il est souvent présenté comme une disposition individuelle, un trait de caractère. Dans le monde du travail, on le valorise comme une compétence. Dans les discours managériaux, on l’invoque pour accompagner les restructurations, les réorganisations, l’incertitude permanente. On l’associe volontiers à la motivation, à la réussite, à la capacité de “tenir le coup”. On l’associe à de la naïveté, de la mièvrerie, à du déni, ou à l’acceptation silencieuse de l’inacceptable. Dans un monde traversé par les crises écologiques, sociales, démocratiques, afficher de l’optimisme peut sembler indécent, comme si espérer revenait à minimiser les violences, les inégalités, les impasses structurelles. Dans l’espace public, le pessimisme est souvent présenté comme une preuve de sérieux, de réalisme. Dire que tout va mal, que tout est verrouillé, que rien ne peut changer, donne l’impression de voir clair. Toutefois, ce discours, lorsqu’il devient dominant, produit un effet très concret : il désarme. Il décourage l’action collective. Il justifie l’inaction institutionnelle. Il alimente l’idée que la seule attitude rationnelle serait de se replier, de s’adapter individuellement, ou de se contenter de survivre. L’optimisme commence dans le refus de cette fatalité. Ce n’est pas celui des promesses faciles, mais celui qui refuse de faire du désespoir une norme, celui qui ne confond pas lucidité et résignation. Ce n’est pas un optimisme abstrait. Il apparaît lorsque nous continuons de nous organiser malgré la défiance envers les institutions, lorsque des collectifs persistent à défendre des droits sociaux fragilisés, non parce qu’ils croient à une victoire rapide, mais parce qu’ils savent ce que leur abandon coûterait, lorsque des mouvements locaux inventent des formes de solidarité là où les réponses publiques tardent ou échouent. Il se manifeste dans les luttes pour le logement, quand des habitants refusent que la spéculation décide seule de la ville, dans les mobilisations pour l’école, la santé, l’accueil, quand des professionnels et des usagers affirment que certains biens ne peuvent pas être traités comme de simples coûts, dans les engagements écologiques concrets, quand des territoires s’organisent pour transformer des pratiques, même à petite échelle, sans attendre un consensus global. On le voit dans les mobilisations locales face aux catastrophes climatiques, quand des habitants s’organisent avant même l’arrivée des aides officielles, dans les espaces associatifs, syndicaux, culturels, où l’on continue de croire que l’action commune a encore un sens. L’optimisme qui se manifeste dans ces contextes n’est plus seulement une disposition intérieure. Il est plutôt comme une dynamique partagée. Cet optimisme ne nie ni les échecs, ni les reculs, ni les violences structurelles, mais il refuse le cynisme comme horizon politique. Il n’ignore pas les rapports de force. Il sait que le pouvoir résiste. Il sait que les transformations sont lentes, souvent incomplètes, parfois récupérées. Il refuse l’idée que l’histoire serait déjà écrite. Il transforme l’impuissance individuelle en capacité d’agir partagée et permet de tenir dans la durée. Il ne promet pas la victoire. Il rend possible la persévérance. Aujourd’hui, cet optimisme se reconnaît à un signe simple : des personnes continuent de débattre, de contester, de proposer, sans céder à la tentation du mépris généralisé. L’optimisme politique est donc une force de résistance. Il s’oppose aux récits qui banalisent les inégalités. Il maintient l’idée que d’autres choix sont possibles, même lorsqu’ils ne sont pas immédiatement majoritaires. Il ne dit pas « tout ira bien ». Il dit « tout n’est pas joué ». Il demeure une force essentielle, non pas pour rassurer, mais pour continuer à agir sans se mentir. Il consiste à agir comme si l’avenir méritait encore d’être construit ensemble. Cet optimisme-là ne promet pas le bonheur. Il promet la continuité du lien. Il est encore là lorsque nous continuons de débattre, de nous engager, même déçus, même méfiants pour préserver des formes de coopération plutôt que de céder à la compétition généralisée. Il nous permet de ne pas basculer entièrement dans la résignation ou la colère stérile. Il maintient ouverte la possibilité d’un futur, même incertain, même conflictuel. Tant que cette force circule dans les gestes ordinaires, les institutions fragiles, les engagements discrets, il reste possible de poursuivre des actions.

Uncategorized

Manger, une force collective insoupçonnée

À force de parler d’alimentation en termes de risques, de chiffres et de performances, nous avons fini par oublier l’essentiel. Manger n’est pas seulement une affaire de… À force de parler d’alimentation en termes de risques, de chiffres et de performances, nous avons fini par oublier l’essentiel. Manger n’est pas seulement une affaire de calories, de nutriments ou de logistique. C’est un geste ordinaire, répété chaque jour, par lequel se tissent des liens, se transmettent des mémoires et se maintient une forme de cohésion. Malgré les contraintes économiques, le manque de temps ou la précarité, manger reste un acte profondément social, symbolique et politique. Une force discrète, souvent invisible, mais toujours active. Un acte symboliqueLes repas marquent aussi les moments importants de notre vie. Naissances, mariages, deuils, fêtes religieuses ou civiles : on mange pour signifier le passage, l’appartenance, la continuité. Le repas devient alors un langage. Le pain rompu, le thé partagé, le café offert, le gâteau d’anniversaire, le repas de rupture du jeûne, la table dressée pour un invité inattendu : ces gestes disent l’hospitalité, la reconnaissance, parfois le pardon. Offrir à manger peut être un geste de paix. Même dans des contextes de grande précarité, cette dimension symbolique persiste. Dans les camps, les centres d’accueil, les foyers, on recrée des cuisines improvisées, on reproduit des plats du pays d’origine, on se bat pour préserver des saveurs familières. Nourrir, c’est alors résister à la déshumanisation. Une force spirituelleManger engage aussi une relation au vivant. Cela suppose d’accepter que quelque chose a été cultivé, élevé, transformé, parfois sacrifié. Dans de nombreuses traditions, cette conscience donne lieu à des rituels de gratitude, à des bénédictions, à des silences avant de commencer. Même là où ces formes se sont sécularisées, il reste une attention particulière portée à l’origine des aliments, aux saisons, au respect de ce qui est consommé. Manger lentement, cuisiner pour d’autres, refuser le gaspillage, ce sont aussi des manières d’habiter le monde avec plus de considération. Une dimension politiqueManger est un acte politique, même lorsqu’il n’est pas revendiqué comme tel. Choisir de cuisiner ensemble, de maintenir des cantines solidaires, des repas associatifs, des cuisines collectives, c’est affirmer que l’alimentation n’est pas qu’une marchandise. Dans de nombreux quartiers, des initiatives locales réinventent des formes de repas partagés pour lutter contre l’isolement. Dans les mobilisations sociales, les cuisines de lutte jouent un rôle central : nourrir les corps pour soutenir les engagements. Dans les contextes de crise, la capacité à s’organiser pour nourrir les plus vulnérables devient un indicateur fort de cohésion sociale. Tant que nous continuons à faire de la place au repas partagé, aux gestes transmis, aux cuisines modestes mais signifiantes, nous maintenons la possibilité de faire société autour de besoins fondamentaux, sans les réduire à leur seule fonction biologique. Manger reste un acte de lien. Et ce lien, discret, quotidien, imparfait, constitue l’une de nos ressources collectives les plus précieuses. C’est une force sociale parce que cet acte transmet des savoirs et des mémoires. Il organise le lien sans passer par le discours, rend visibles les solidarités, crée des espaces de reconnaissance. De plus, tant que manger reste un acte partagé, il demeure une ressource fondamentale pour faire société. Cette force nous est utile parce qu’elle agit là où beaucoup d’autres leviers échouent : dans le quotidien, dans le concret, dans le répétitif. C’est un héritage, un point d’appui à partir duquel des choses essentielles peuvent encore se tenir, se réparer ou se renouveler.

Uncategorized

Etre des “humains augmentés” ?

« Humain augmenté », est l’expression employée pour évoquer notre usage des technologies : téléphone intelligent, l’intelligence artificielle, objets connectés en tous genres… Depuis leur apparition, nous ne … « Humain augmenté », est l’expression employée pour évoquer notre usage des technologies : téléphone intelligent, l’intelligence artificielle, objets connectés en tous genres… Depuis leur apparition, nous ne mémorisons plus les numéros de téléphone. Nous ne retenons plus les itinéraires. Nous déléguons nos souvenirs à des serveurs, nos choix à des algorithmes, notre orientation à des GPS, notre attention à des notifications. Tous sont devenus nos prothèses cognitives permanentes, mais peuvent-ils nous être utiles aujourd’hui? Bien sûr, ces technologies augmentent réellement certaines de nos capacités. Elles nous donnent accès à une quantité de connaissances inimaginable il y a encore trente ans. Elles facilitent la communication, la création et l’apprentissage. Ces mutations se sont installées par confort et le numérique nous simplifie la vie. Il nous évite d’attendre, de chercher, de mémoriser, parfois même de réfléchir longtemps. Cette transformation s’est installée parce qu’elle était pratique. Le GPS améliore nos déplacements. Les réseaux sociaux augmentent nos interactions sociales. Les outils numériques améliorent notre productivité et l’intelligence artificielle multiplie encore cette dynamique. Toutefois, cette évolution est si récente et si massive que nous peinons encore à mesurer ses effets profonds sur nous. Elle modifie non seulement notre manière de communiquer, mais aussi notre rapport à la solitude, à la présence et à nous-mêmes. Nous sommes hyperconnectés et souvent incapables de supporter quelques minutes sans consulter un écran. Ce qui était autrefois un espace mental vide (d’attente ou d’ennui) est désormais saturé de stimulation. L’accélération évoquée par Hartmut Rosa (1) que ce soit à propos des communications, des transports, du travail ou de l’information, ne produit pas forcément plus de maîtrise. Elle engendre souvent une sensation diffuse de saturation et de perte de contrôle. Nous pouvons écrire sans écrire, penser sans formuler complètement sa pensée. Ainsi, toute augmentation produit également une dépendance. À chaque problème correspond désormais une assistance instantanée. Aujourd’hui, une partie croissante de nos capacités mentales repose sur des systèmes numériques externes. Nous devenons plus performants, mais plus fragiles. Le GPS réduit aussi progressivement notre capacité naturelle d’orientation spatiale. Les réseaux sociaux nourrissent des phénomènes massifs d’anxiété, de comparaison et de dépendance à la validation. C’est peut-être là le paradoxe central de l’humain augmenté contemporain : nous augmentons nos capacités individuelles en échange d’une dépendance croissante. Nos vies reposent désormais sur des infrastructures invisibles extrêmement complexes : batteries, réseaux, serveurs, plateformes, cloud, algorithmes. Une panne prolongée d’internet ou d’électricité suffit aujourd’hui à désorganiser profondément le quotidien de millions d’entre nous. « Humain augmenté », est l’expression employée pour évoquer notre usage des technologies : téléphone intelligent, l’intelligence artificielle, objets connectés en tous genres… Depuis leur apparition, nous ne mémorisons plus les numéros de téléphone. Nous ne retenons plus les itinéraires. Nous déléguons nos souvenirs à des serveurs, nos choix à des algorithmes, notre orientation à des GPS, notre attention à des notifications. Tous sont devenus nos prothèses cognitives permanentes, mais peuvent-ils nous être utiles aujourd’hui? Bien sûr, ces technologies augmentent réellement certaines de nos capacités. Elles nous donnent accès à une quantité de connaissances inimaginable il y a encore trente ans. Elles facilitent la communication, la création et l’apprentissage. Ces mutations se sont installées par confort et le numérique nous simplifie la vie. Il nous évite d’attendre, de chercher, de mémoriser, parfois même de réfléchir longtemps. Cette transformation s’est installée parce qu’elle était pratique. Le GPS améliore nos déplacements. Les réseaux sociaux augmentent nos interactions sociales. Les outils numériques améliorent notre productivité et l’intelligence artificielle multiplie encore cette dynamique. Toutefois, cette évolution est si récente et si massive que nous peinons encore à mesurer ses effets profonds sur nous. Elle modifie non seulement notre manière de communiquer, mais aussi notre rapport à la solitude, à la présence et à nous-mêmes. Nous sommes hyperconnectés et souvent incapables de supporter quelques minutes sans consulter un écran. Ce qui était autrefois un espace mental vide (d’attente ou d’ennui) est désormais saturé de stimulation. L’accélération évoquée par Hartmut Rosa (1) que ce soit à propos des communications, des transports, du travail ou de l’information, ne produit pas forcément plus de maîtrise. Elle engendre souvent une sensation diffuse de saturation et de perte de contrôle. Nous pouvons écrire sans écrire, penser sans formuler complètement sa pensée. Ainsi, toute augmentation produit également une dépendance. À chaque problème correspond désormais une assistance instantanée. Aujourd’hui, une partie croissante de nos capacités mentales repose sur des systèmes numériques externes. Nous devenons plus performants, mais plus fragiles. Le GPS réduit aussi progressivement notre capacité naturelle d’orientation spatiale. Les réseaux sociaux nourrissent des phénomènes massifs d’anxiété, de comparaison et de dépendance à la validation. C’est peut-être là le paradoxe central de l’humain augmenté contemporain : nous augmentons nos capacités individuelles en échange d’une dépendance croissante. Nos vies reposent désormais sur des infrastructures invisibles extrêmement complexes : batteries, réseaux, serveurs, plateformes, cloud, algorithmes. Une panne prolongée d’internet ou d’électricité suffit aujourd’hui à désorganiser profondément le quotidien de millions d’entre nous.

Uncategorized

L’incertitude, une force ?

L’incertitude est souvent présentée aujourd’hui comme un problème majeur. Les crises sanitaires, climatiques, géopolitiques ou technologiques nourrissent un discours omniprésent sur la nécessité de réduire les risques, d’anticiper les menaces et de retrouver de la prévisibilité. Médias, responsables politiques, experts en… L’incertitude est souvent présentée aujourd’hui comme un problème majeur. Les crises sanitaires, climatiques, géopolitiques ou technologiques nourrissent un discours omniprésent sur la nécessité de réduire les risques, d’anticiper les menaces et de retrouver de la prévisibilité. Médias, responsables politiques, experts en gestion des risques et acteurs économiques décrivent fréquemment l’incertitude comme une situation d’instabilité qu’il conviendrait de maîtriser. Certes, le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui met à nu des fragilités, mais l’incertitude est-elle une nouveauté historique ? Notre histoire ne nous a-t-elle pas appris notre plasticité, notre endurance face à l’incertitude ? Dès lors, plutôt que de considérer l’incertitude comme une anomalie à éliminer, ne faudrait-il pas apprendre à la reconnaître comme une dimension constitutive de la vie et, dans certains cas, comme une véritable force ? Une situation d’incertitude : 2020, covid et confinement Le confinement a installé une incertitude durable. Combien de temps cela durerait-il ? Quels seraient les effets économiques ? Quand pourrions-nous revoir nos proches librement ? Nous avons vécu dans un horizon flou. Les informations évoluaient, parfois se contredisaient. Les projections étaient fragiles. En ralentissant brutalement nos vies, il a remis en question bien des évidences. Les déplacements constants, l’accélération permanente et les agendas saturés ont été remplacés par un temps plus contraint, mais aussi plus introspectif. En quelques jours, des millions de personnes ont réorganisé leur existence. Les espaces domestiques sont devenus des lieux hybrides: travail, école, salle de sport, lieu de sociabilité numérique. Des outils numériques, jusque-là périphériques, sont devenus centraux. Des métiers ont été exercés autrement. Ce qui est frappant, avec le recul, ce n’est pas seulement la contrainte. C’est la rapidité de la reconfiguration. Des routines se sont effondrées, d’autres se sont construites. Nous avons appris à faire avec, à bricoler (au sens où l’entend C. Lévi-Strauss) (1) , à ajuster, à jongler. Beaucoup ont redécouvert la valeur du proche : la famille, les voisins, les amis. D’autres ont mesuré la fragilité de ce qu’ils considéraient comme acquis. Cette période a obligé à poser des questions essentielles : qu’est-ce qui est vraiment indispensable ? Quelles activités sont centrales ? Quelles relations méritent d’être cultivées ? Quelles croyances sur la performance, la réussite ou la consommation tiennent encore ? Le confinement a révélé l’écart entre certaines priorités affichées et ce qui soutient réellement la vie collective : le soin, la solidarité, l’éducation, la logistique, la coopération. Nous avons accepté des restrictions inédites au nom d’un bien commun. Cela ne signifie pas que tout a été harmonieux. Les tensions ont été réelles. Mais l’expérience a ouvert un espace de réflexion collective. Cette plasticité, elle-même, est une force collective. Elle a montré là que nos sociétés ne sont pas uniquement dépendantes de structures rigides. Elles sont capables d’inventer des formes provisoires, d’organiser autrement le travail, l’école, la relation. L’adaptation n’a pas été parfaite. Elle a été inégale. Mais elle a existé. Et cela dit quelque chose de notre capacité à transformer nos cadres lorsque la situation l’impose. Le confinement de 2020 a été une épreuve, mais aussi un rappel. Il a montré que nous savons nous adapter rapidement, que nous pouvons supporter l’incertitude sans nous effondrer, que nous sommes capables de revisiter nos valeurs lorsque les circonstances l’exigent. De plus, si le confinement nous a isolés physiquement, il nous a aussi rappelé combien nous sommes interdépendants. Peut-être alors que parmi nos forces, il y a cette capacité à transformer une contrainte en espace de lucidité, en un moment de remise en question. Un problème ? Aujourd’hui, nos institutions politiques modernes sont fortement orientées vers la prévision et le contrôle et l’idée selon laquelle l’incertitude serait principalement un problème est bien présente. Aujourd’hui, la légitimité du pouvoir repose en partie sur sa capacité à garantir la sécurité des populations et à réduire les aléas. Le sociologue allemand Ulrich Beck a montré comment les sociétés contemporaines sont devenues des « sociétés du risque », préoccupées par l’identification et la gestion permanente des dangers et notamment ceux liés au développement industriel et technique, aux nouveaux risques engendrés par le monde actuel comme des pollutions… (2) L’économie moderne, elle, valorise la prévisibilité. Les marchés financiers, les entreprises et les investisseurs cherchent à quantifier les risques afin de sécuriser leurs décisions. Dans cette perspective, l’incertitude est comme un coût ou une menace pour l’efficacité économique. Enfin, les médias contribuent souvent à amplifier cette perception. Les événements inattendus attirent l’attention parce qu’ils rompent avec les attentes ordinaires. Les crises, les catastrophes ou les ruptures technologiques sont ainsi fréquemment présentées sous l’angle de l’incertitude qu’elles génèrent. Cette vision n’est pas totalement infondée : l’incertitude peut effectivement susciter peur et vulnérabilité. Cependant, elle tend à oublier que l’absence totale d’incertitude est impossible et qu’une partie essentielle du développement humain repose précisément sur notre capacité à vivre avec elle. Une condition plus qu’un problème contemporain Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, l’incertitude a concerné directement notre survie. Chez les chasseurs-cueilleurs, le succès de la chasse dépendait de multiples facteurs impossibles à contrôler : migrations animales, conditions climatiques, maladies ou accidents. Les récoltes des sociétés agricoles dépendaient des pluies, des sécheresses ou des invasions de parasites. Pourtant, l’incertitude est devenue l’un des mots-clés de notre époque. Pandémies, crises climatiques, transformations technologiques, tensions géopolitiques : tout semble confirmer l’idée que nous vivons dans un monde de plus en plus imprévisible. Les responsables politiques, les économistes, les experts et les médias évoquent régulièrement « l’ère de l’incertitude », comme si celle-ci constituait une caractéristique nouvelle de notre temps. Aujourd’hui, les états modernes produisent des statistiques sur les populations. Les entreprises construisent des modèles prédictifs. Les assurances calculent les probabilités d’accident. Les algorithmes anticipent nos comportements. Les sciences et les techniques ont considérablement accru notre capacité à prévoir certains phénomènes. Cependant, l’anthropologue

Scroll to Top